Du besoin d’inventer et de raconter des histoires.

Bien que personne ne puisse établir la date exacte de la première histoire racontée on peut affirmer que les premières formes d’expressions narratives remontent sans aucun doute aux peintures rupestres. On peut dire que la narration a marqué le « premier vrai bond multimédia » de l’histoire de l’humanité. Mais une question se pose alors, pourquoi cherchons nous à raconter des histoires ?

Si le langage joue un rôle fondamental dans l’évolution de notre espèce (coopération entre les individus, création et échange culturel, développement personnel…), la narration est un outil de communication qui participe autant voir peut être même plus à définir et orienter l’idée que nous pouvons nous faire de nous même, des autres et de la société et par voie de conséquence du rôle (ou des rôles) que nous imaginons devoir ou pouvoir jouer. En un mot, si nous aimons consommer autant de perspectives différentes (chaque narration est une perspective ou point de vue) c’est pour comprendre notre rapport au monde et développer une certaine identité.

Un besoin, une préoccupation, une recherche qui animent idéalement tout intervenant ayant la responsabilité de transmettre un message fondamental, en particulier dans le domaine des arts et de la culture.

À chaque film, j’apprends quelque chose sur moi. Je fais ce métier pour comprendre le lien que j’ai avec les autres. Avec l’humanité. Le message du film, sur la compréhension d’autrui […] me touchait particulièrement, Forest Whitaker – Acteur, Producteur, Réalisateur

 

Dans toute l’histoire de l’humanité il n’a jamais existé d’outil ayant un rayonnement aussi puissant que la narration.  Rien ne lui échappe, des contes pour enfants aux propagandes de guerre. Aujourd’hui encore des films peuvent être censurés dans certains pays car jugés potentiellement subversifs. Mais enfin, quelle est l’explication d’un tel pouvoir d’influence ?

La narration est une forme de communication holistique, s’adressant à la fois à nos émotions et notre réflexion, capable de générer des sentiments ou encore un nouvel imaginaire. Elle permet à l’auteur de placer un message en profondeur atteignant notre perception consciente et notre foyer subconscient. Pour ce faire l’auteur cherchera avant tout à créer un lien empathique avec son public. C’est l’enjeu de base d’une création narrative et le symptôme d’une histoire captivante. « Un grand pouvoir impliquant de grandes responsabilités » la question corollaire sera : à quelle fin est employée cette empathie suscitée chez le lecteur (ou spectateur) ?

 

Écouter et raconter des histoires… un (en)jeu d’influence

La maîtrise narrative.

Au cours de notre vie nous expérimentons deux types d’apprentissage : l’un est empirique (ou direct, « aïe ça brûle… ») et l’autre analogique (ou indirect) où l’expérience peut être transmise de différentes façons : medium oral, écrit ou audiovisuel. Autant de moyens d’expressions s’inscrivant par ailleurs avec diversité (arts musicaux et graphiques, dessins animées, films, jeux, littérature, réalité virtuelle) dans un flux informationnel et interactif auquel nous sommes soumis de plus en plus tôt et, qu’on le veuille ou non, façonnant notre pensée et de là, nos actions et réactions.

La problématique qui nous concerne tous (et ce dès le plus jeune âge) est celle de notre capacité à comprendre et sélectionner ces messages narratifs transformateurs. Certains peuvent se révéler significatifs et utiles à notre développement d’autres seront non seulement dénués de sens mais aussi un facteur potentiel de déstabilisation de notre pensée, de notre perception du monde et enfin de compte, de nos rapports aux autres (les relations interpersonnelles étant la dynamique de base de toutes les histoires).

Le récit invite à une expérience double : une histoire explicite (celle qui est racontée) et une histoire implicite (ou sous-texte thématique) pouvant s’exprimer de façons très variées et subtiles (sujets transverses que nous évoquons dans les thèmes de cours conception narrative et récit filmique). Au cinéma l’histoire explicite est transmise par le medium audio et visuel et compris par le spectateur, l’histoire implicite est quant à elle induite par les auteurs (scénariste et metteur en scène) et déduite par le spectateur. La véritable histoire (ou intention narrative) se dévoile en réalité à notre insu (hors du champs de notre réflexion).

S’exposer à un divertissement narratif (quel qu’il soit) n’est donc jamais sans conséquence sur l’état ou le développement de notre psychologie, en particulier celle des jeunes en pleine croissance identitaire (mais si vous vous rappelez notre premier questionnement – pourquoi cherchons nous à raconter des histoires ? – vous comprenez qu’en réalité nous sommes tous en « perpétuelle » croissance..). En tant qu’auteur il est donc capital de saisir l’importance d’être clairvoyant sur l’intention qui anime l’acte créateur et de maitriser les mécanismes narratifs permettant d’encoder et de décoder la psychologie des personnages (et donc de l’histoire) qui forment les principes de ce que l’on appelle une logique de la dynamique narrative et relèvent du domaine de l’architecture narrative.

Concevoir et écrire avec clairvoyance

Éveil à la conception narrative.

Dans le cadre de nos cours, bien plus qu’une simple découverte, c’est une exploration de mécanismes narratifs fondateurs que nous proposons (à tous nos stagiaires avec une pédagogie et un contenu adaptés selon les tranches d’âges et les profils) tels que les fonctions et relations des personnages, le choix du Type de conflit (terrain du déroulement de la problématique et de la thématique) ou du Type de Résolution de l’histoire et son impact sur les personnages (et le spectateur). Une exploration très concrète au gré notamment de multiples analyses filmiques (tantôt détaillées tantôt comparées) et portant sur un large spectre (films de différents genre ou époque).