La définition de la caméra… de cinéma

« Je veux la liberté qu’on a avec un papier et un stylo. Je veux la liberté et la spontanéité du peintre qui a une idée, se lève et se met à peindre sur le  mur de son atelier si ça lui chante. Et ces nouvelles technologies, comme l’iPhone, s’approchent très près de cette forme de création. J’ai l’impression de parler d’un autre monde.

Beaucoup de cinéastes contemporains n’ont pas la moindre idée d’à quel point ces technologies sont avancées aujourd’hui », Steven Soderbergh (Palmes d’Or 1989) – Producteur, Réalisateur, Monteur, Scénariste

« Mon prochain film est entièrement tourné au téléphone », Claude Lelouch – Producteur, Réalisateur, Scénariste

« Il est assez incroyable de faire un film comme Paranoïa dans ces conditions, dix jours de tournage, équipe réduite, montage quasi instantané […] », Steven Soderbergh (Palmes d’Or 1989) – Producteur, Réalisateur, Monteur, Scénariste

Détour réalisé à l’iPhone 7 : « C’était nouveau pour moi de tourner avec cet appareil, mais on l’a quand même fait de manière professionnelle. », Michel Gondry (Oscar du Meilleur scénario 2005) – Producteur, Réalisateur, Scénariste

« En tant qu’ artiste, je m’en fous, il faut s’adapter. Je peux toujours faire un film sur mon iPhone. Ce sera toujours un film. Mais j’imagine que les studios et les producteurs ont un avis différent », Jodie Foster – Actrice, Productrice, Réalisatrice, Scénariste

« La vision offerte par l’iPhone est celle qui se rapproche le plus de l’œil humain. Il me permet de filmer la vie comme je ne l’avais jamais filmée à ce jour ! […] dans 10 ans, on ne tournera plus qu’à l’iPhone ! », Claude Lelouch – Producteur, Réalisateur, Scénariste

 

Des cinéastes réalisant ou prêt à réaliser des films avec des caméras digitales grand public?  Une réalité du métier depuis en fait un bon nombre d’années déjà. La technologie, en croissance quasi exponentielle, a définitivement abolie les frontières financière et technique qui pouvaient jusqu’alors compliquer la possibilité de tout à chacun d’accéder à la réalisation  cinématographique.

Passé inaperçu et soigneusement minimisé par les professionnels de l’industrie, les grandes productions utilisent des caméras grands publics dotées de qualités de captation cinématographique, citons par exemple les films Black Swan (2010), Avengers (2012), Mad Max: Fury Road (2018) ou encore des épisodes de série tel que Docteur House (dont le dernier épisode fût à l’époque intégralement réalisé avec le Canon 5D MKII)

Des films ou épisodes de série partiellement réalisés avec ces appareils en partie notamment en raison des enjeux économiques qui alimentent ce type de grandes productions où l’usage de méthodologies technologiques très optimisées est forcément de mise. Les cinéastes challengers ou en capacité d’imposer leur préférence n’hésitent pas à tourner des films intégralement avec ces caméras financièrement très accessibles:

Réaliser un film de cinéma avec ce type de caméras n’a en réalité rien d’une révolution car cette révolution à déjà été faite. S’il fallait parler d’un moment et donner une date significative marquant cette prise de conscience technologique ce serait 2012.

Les caméras professionnelles et l’œil du cinéaste

Que s’est-il donc passé en 2012 ? pas encore la fin du monde, mais la prise de conscience d’une nouvelle ère technologique pour les cinéastes et aspirants cinéastes du monde entier. Outre atlantique (Etats-Unis) se tient chaque année une compétition de caméras professionnelles s’accompagnant d’une session d’évaluation artistique et technologique. Organisé par la société d’équipement de cinéma Zacuto, ce rendez-vous convie des professionnels aguerris ainsi que des amateurs passionnés, cette grande messe techno-cinéaste s’appelle le Zacuto Camera Shootout.

La confrontation de 2012, connue plus spécifiquement sous le nom de The Revenge Of The Great Camera Shootout 2012, opposa un panel de 9 caméras haute définition dont la grande majorité sont utilisées pour des productions cinématographiques: Sony F65, ARRI Alexa, RED Epic, Sony FS100, Sony F3, Canon C300, Canon 7D , Panasonic GH2, Apple iPhone 4s, dont la gamme de prix s’étalait à l’époque de 55000€ (Sony F65) à 650€ (Panasonic GH2).

Les organisateurs  imposèrent des conditions d’éclairage particulièrement difficiles comprenant des sources de lumières intérieures (indoor) et extérieures (outdoor), les visages des acteurs étaient essentiellement dans la pénombre. Les 9 réalisateurs chevronnés filmèrent la même scène, encore et encore, afin d’obtenir les meilleurs résultats possibles, avec chaque caméra.

Cette édition de 2012 eut la particularité de comprendre parmi ses juges le mythique, et toujours très influent, producteur/ réalisateur américain Francis Ford Coppola (Le Parrain, Apocalypse Now, Dracula). Et là c’est le choc total, la douche froide pour l’assistance et les professionnels du métiers. D’entre les 9 films réalisés et projetés à l’aveugle (blind test), Francis Ford Coppola préféra le résultat artistique obtenu avec la caméra grand public Panasonic GH2 à 650€.

Zacuto Camera Shootout 2012

Francis Ford Coppola

Le site référent d’analyse technologique EOSHD, spécialistes des bancs d’essai de caméras,  confirma que, « pour les diffusions en salle de cinémas 2k ou 1080p, il n’y a plus de différences à ce point significatives entre de très onéreuses caméras professionnelles et celles à petit budget technologiquement comparables. C’est surtout la compétence en éclairage et derrière la caméra qui est responsable du différentiel qualitatif« .

L’œil du cinéaste avait vu juste et Francis Ford Coppola venait de pointer du doigt la seconde révolution du cinéma digital (la première étant son avènement face au caméra historique à pellicule qui, ceci étant dit, reste de l’avis des grands cinéastes, un support de captation inégalé). Les options et façons de tourner en digital  ne seraient bientôt absolument plus les mêmes. Aujourd’hui, tout est encore plus simple et plus abordable.

Les techniciens du circuit professionnel du cinéma, habitués à un certain confort logistique et méthodologique et, il est vrai, en attente de spécificités optimales (telle que la plage dynamique), défendront avec raison leur pré carré technologique. Mais le cinéaste avant tout préoccupé par l’accomplissement d’un projet et d’une vision artistique peut désormais se libérer du souci de l’accessibilité technologique pour se concentrer sur l’essentiel, réaliser.

Y a t-il un cinéaste derrière la caméra ?

Une chose implacable et indispensable demeure à ce jour, et ce, peu importe les progrès technologiques ou révolutions digitales, la compétence cinématographique du cinéaste (quant il ne s’agit pas à proprement parler d’art cinématographique). Qu’il s’agisse d’utiliser une Arriflex 16BL de 1965 (utilisée par Christopher Nolan pour réaliser en 1998 son premier long-métrage Following) ou un iPhone, le réel défi cinématographique n’est pas tant la prouesse technologique permettant de relever celui-ci que les multiples compétences artistiques et techniques qui sous-tendent sa réalisation, compétences du cinéaste et de son (éventuelle) équipe technique.

Connu sous le nom exact de chef opérateur (en France) ou DP (director of photography) à l’étranger, le directeur de la photographie est l’architecte visuel principalement à l’œuvre dans la construction esthétique et technique des plans (angle de caméra, choix et réglage de l’objectif de la caméra, composition d’un plan par la lumière et les couleurs). La séparation des tâches et des compétences n’est pas toujours très évidente entre le réalisateur (au commande globale du projet et de ses techniciens) et le chef opérateur. Tout est fonction du profil du réalisateur et du type de collaboration souhaitée sur un projet donné. Le réalisateur peut déléguer au maximum comme décider, au contraire, de prendre davantage voir l’intégralité des responsabilités. Une frontière artistique et technique très poreuse expliquant notamment la marge de définition entre réalisateur du cinéaste).

Le cinéaste Denis Villeneuve et le directeur de photographie Roger Deakins préparant un plan

Le cinéaste Christopher Nolan, caméra à l’épaule, s’adressant au directeur de photographie Hoyte Van Hoytema

Le directeur de photographie Hoyte Van Hoytema assurant lui-même la prise de vue (cadreur)

 

Le travail cinématographique avec un iPhone, Blackmagic Pocket, GH5…

Nous avons entamé cet article en citant de nombreuses productions utilisant des caméras très accessibles, ceci afin d’exposer leur ubiquité. Nous l’achèverons avec l’exemple de cinéastes aguerris ayant précisément souhaiter mettre leur talent à l’épreuve de ce nouveau paradigme cinématographique .

Un premier exemple référent nous vient du cinéaste américain Zack Snyder bien connu pour ses films à l’image outrageusement stylisée (300, Watchmen, Sucker Punch, Man of Steel) qui le temps d’un week-end réuni son équipe technique pour la production du court métrage ‘Snow Steam Iron réalisé à l’iPhone.

 

Un second exemple référent nous vient de Steven Soderbergh dont l’expertise et la vision cinématographique ont permis la concrétisation de Paranoïa entièrement réalisé avec un iPhone 7 Plus et ce en dépit de certaines limitations techniques. La latitude des corrections et du design colorimétriques en post-production étant drastiquement réduite, le travail de photographie était d’autant plus critique et le chef opérateur à du créer une esthétique visuelle quasi-définitive pour chaque plan, scène et séquence (une philosophie de travail finalement très proche de l’esprit cinématographique du Dogme 95 cher à Lars von Trier).

Conclusion

Ce n’est qu’à la condition d’une maitrise artistique et technique qu’une ambition cinématographique peut être formalisée, ce principe s’appliquant à tous les budgets de film. Penser que seule l’histoire et la caméra suffisent est partiellement vrai et peut conduire à une aventure artistique périlleuse sauf à prendre certaines options créatives parfois radicales (mais toujours sous le contrôle d’une vision cohérente et consciente).

C’est une chose d’avoir l’expérience pour réaliser un film avec n’importe quelle caméra, s’en est une autre d’apprendre à réaliser un film.

Nous vous invitons à présent à nous rejoindre vers une autre démystification technologique: la post-production cinématographique professionnelle disponible chez soi, avec le logiciel le plus innovant du marché professionnel (et utilisé par les grandes productions Hollywoodiennes depuis déjà plus de trente ans) pour un coût dérisoire, voir gratuit si votre configuration et prétention technique s’y prêtent!